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MIRALL MOGUT* (*miroir flou; catalan): le blog de Fred Romano
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21 août 2006

Les Mureaux

Chère Duzka, tu étais écrivain public dans cette ville dans le lycée duquel j'ai atterri après avoir été virée de tous les établissements du département, en 1974, je crois. C'était le bon temps, un lycée sauvage avec professeurs homosexuels et dépressifs, 40 élèves par classe préfabriquée, la plupart du temps sous LSD 125 -vendu à la porte de l'établissement entre 3 et 5f-. Mais voilà, un professeur de français extremement doué et sensible nous donnait des cours de philosophie, pas parce que c'était au programme, mais parce qu'il pensait que ça nous ferait du bien. Le prof d'anglais nous faisait étudier Bob Dylan ou les Rolling Stones parce qu'ils utilisaient un anglais plus moderne que celui de nos livres de classe et la prof de science-nat s'intéressait à nos expériences d'hypnose. A cette époque-là, il se forgeait dans le chaos quelque chose de très fort et très original qui malheureusement n'a pas abouti. Ce n'est pas faute d'avoir essayé.

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D
Quand je suis arrivée aux Mureaux en 1991 je croyais aussi que la munipalité socialiste ayant succédé à un commniste qui a laissé un grand souvenir dans la ville me permettrait de faire un vrai travail. On m'a demandé de donner les noms des personnes que je recevais en confidentialité (le travail d'écrivain public est comme celui du médecin, confidentiel) : j'ai refusé et subi un harcèlement qui a failli me démolir. Car le but était le fliquage de les population par les services municipaux. Quelques travailleurs sociaux résistaient comme moi : l'écrivian public est un travailleur social. <br /> Je suis allée plusieurs fois aux obsèques désespérées de gamins flingués par les flics, alors qu'ils n'étaient pas armés. J'ai vu un enfant retiré à sa famille sur signalement du collège parce qu'il avait dit avoir été battu alors qu'il était tombé de vélo, le tout en quelques heures : il s'est retrouvé en foyer le jour-même et le père, non entendu ni averti, a mis des jours à le récupérer : c'est moi, en tant qu'écrivain qui ai géré son courrier administatif, la rage au coeur. Les profs des collèges, très jeunes et apeurés faisaient ce que font les gens qui ont peur :un service minimum sans imagination ni délire, et pour cause. <br /> Maintenant, on fait dans l'écolo : on a détruit des immeubles à tour de bras pour faire du "paysager" : que sont devenus les gens qui habitaient les immeubles détruits, ça personne n'en parle, sans doute en squatt à Paris ?? J'ai eu à organiser l'évacuation d'immeubles cossus face au quartier des Musiciens où l'on détruisait deux tours : "on devrait détruire les tours avec ceux qui sont dedans" m'a-t-on dit sans vergogne. Car il y a belle lurette que le racisme n'est plus honteux. <br /> Bon, ma journée bucolique de retraitée campagnarde en prend un coup, mais malgré tout j'ai de bons souvenirs de ma vie là-bas et des amis que j'ai laissés dans les quartiers dits à risques. Mon travail d'écrivain public a fait de moi une confidente respectée ce qui gênait la municipalité qui m'employait et faisait tout pour me virer y compris mettre la pression sur mon homme en conditionnelle. J'ai tenu bon, avec lui et mes copains, jusqu'à ma retraite à 65 ans. Un petit passage au commissariat pour avoir soutenu un gamin en garde à vue violente et totalement arbitraire, sans suite car il y avait du monde dehors pour attendre que je sorte ! J'étais joyeusement une vieille dame indigne. Je dis joyeusement car nous avions tous ensemble de réels moments d'amitié pétulante. Mon séjour en HLM aux Mureaux n'est pas, loin de là, un mauvais souvenir. J'y ai vu le coeur humain de près et c'est bon. <br /> Le lycée François Villon pourvoie maintenant de ses élites "Sciences Po", tu sais, cette discrimination positive qui crée des filières "banlieues" parallèles à la filière normale plutôt que de donner à ces lycées des moyens de préparer ses élèves aux mêmes concours que ceux que passent les élèves d'Henri IV. Je suis bien contente que tu aies de tels souvenirs de ton passage aux Mureaux. Même si j'ai trouvé, 18 ans plus tard, tant de désolation, il y avait je pense encore quelques idéalistes qui faisaient l'amour à un peu d'espoir pour donner naissance à quelques étoiles dans les yeux des enfants. <br /> Bises<br /> Duszka
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