La triste histoire de la tortue idiote un beau jour de printemps sur l'île de Formentera
Je suis une tortue idiote de belle écaille, de plus d'un mètre du bout de la queue à la pointe du bec. Je suis pleine de mes oeufs ronds et je vole dans les eaux transparentes de l'archipel des Pituises. Je me dirige vers la plage de Cala Saona, sur l'île de Formentera, où je suis née, afin d'enfouir dans le sable fin et blanc tous mes petits, qui sortiront à la prochaine pleine lune, à l'occasion du solstice d'été. Mais lorsque j'arrive, la plage est occupée par les bipèdes, qui ont dressé sur la plage des espèces de nids de plastique blanc sur lesquels ils s'allongent. Les petits bipèdes sont les plus bruyants et désagréables. Qu'à cela ne tienne, je vais aller chasser de la méduse, je suppose que les bipèdes se cacheront pour dormir, comme n'importe quel animal un peu sensé. A ce moment, la plage sera toute à moi et à mes petits. Il est temps de reprendre des forces, la ponte n'est pas une mince affaire. Les méduses sont partout, des roses et des violettes, un vrai délice. Je suis une galère portugaise bleutée dans les courants, nous dépassons le cap Berbère pour nous retrouver dans la magnifique baie de Mitjorn, qui ressemble à s'y méprendre à une pouponnière de méduses. Quelle fête, les amis! La grande bouffe! Puis mon attention est attirée par une méduse blanchâtre dont les filaments s'efilochent sous elle. Ce qu'elle a l'air appétissante! Mais elle n'a aucune odeur. Cependant, je connais leurs trucs de maligne pour échapper à notre appétit de tortues idiotes. Alors je la dévore. Le plastique fait une boule dans ma gorge et m'étouffe. La mer me rejette sur la plage.
Il y avait là des petits bipèdes qui jouaient sur la plage de Mitjorn, et des bipèdes adultes qui se tenaient par la main en riant. Personne ne me voyait. Peut-être le fait d'être morte. A moins que ce ne soit une forme d'absence des bipèdes. Comme s'ils étaient en vacances..
