MIRALL MOGUT* (*miroir flou; catalan): le blog de Fred Romano

auteur de deux romans et d'un livre de nouvelles, Fred Romano a du faire face à une terrible maladie, la sclérose multiple. Elle a cependant trouvé une cure et repris goût à la vie et à l'écriture.

08 mars 2008

Nouvelle en espagnol: Formentera

Pour moi, écrire pour ces gens signfiait me rabaisser à un niveau villement commercial et j'avais pondu un "joli" texte, quelque chose qui me répugne dans le principe mais que je sais assez bien faire. Si vous voulez en juger, voici un link vers le texte qui aurait du être publié, vers le texte qui aurait du être saccagé: formentera Mais attention, c'est en espagnol... C'est pourquoi je me suis sentie abominablement humiliée quand ce photographe m'a proposé de descendre un pallier plus bas dans l'abjection littéraire, en acceptant ses absurdes coupures, tout cela pour avoir l'immense honeur d'exister dans sa publication et bla-bla-bla...Ce qui m'a franchement vexée, c'est quand il s'est senti obligé de préciser: Oh, mais alors tu es de ce genre d'écrivain qui n'accepte aucun changement de son texte... et aussi qu'il ait cru que sa publication était un argument suffisant pour que je signe n'importe quoi, quitte à ce que ce soit des phrases sans verbe, des confusions temporelles et autres broutilles, qui pourtant n'enlèvent rien au caractère charmant de la composition, avec ses belles photos.

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l'existence de Rien

Rien, je ne suis plus rien. Incapable de me défendre, plus la force de réagir. Certes, je continue à écrire, comme une poule pondeuse pavlovée, qui pond quand la lumière s'allume et la nourriture tombe dans la mangeoire. Certes, il y a encore de la nourriture dans la mangeoire, plus par manque d'appétit, quand on est rien, l'avantage c'est que l'on ne consomme pas grand-chose. Peut-être l'humain de demain, dans ce monde qui se consumme à vue d'oeil, ne sera-t-il qu'un Rien. Donc, avec mes neurones en moins, je préfigure le futur. Ce qui est amusant avec Rien, c'est qu'il ne peut que se reproduire lui-même, cad produire du Rien, auquel on n'attachera aucune valeur, puisque plus personne ne sera en mesure de le faire, sauf le Rien en lui-même. Je viens d'ailleurs d'en vivre un épisode. Une revue locale de Formentera, très orientée sur la photo, m'avait proposé d'écrire un conte pour eux. Bien entendu, non payée en vertu des axiomes exposés plus haut. Le Rien doit se satisfaire d'apparaître, c'est une chance exceptionnelle pour lui de sortir de l'anonymat. L'un dans l'autre, je n'étais pas si mécontente, c'est vrai que la revue est jolie. Seulement voilà, le photographe ne veut pas de mots qui feraient de l'ombre à ses photos. Le texte doit être là pour rythmer les photos et mettre en valeur les publicités. Donc le photographe a pris ses ciseaux et a fait un montage très graphique et absolument incompréhensible de mon texte. Voilà comment Rien est retournée au néant. Parce que je suis con et que je refuse de céder mes textes comme si c'était de la saucisse au mètre. Et merde... Jeunes écrivains, ne suivez pas mon exemple, apprenez au plus vite à vendre votre cul.

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